Suite et fin du roman de Renart réinventé - 5/5

Publié le par Flore, Lucille, Maxime, Ophélie, Océane, Pierrick

Aventure 5 :

Renart au Paradis

Un matin de 1568, Renart alla chasser. En effet, il devait verser la pension alimentaire à son ancienne compagne, Hermeline.

 

 

 

Par cette journée ensoleillée, tous les oiseaux chantaient et virevoltaient dans le ciel bleu clair. Pas un nuage à l'horizon. Dans le sifflement des oiseaux, Renart entendit un bruit de pas. Animé d'une curiosité sans précédent, le goupil leva sa queue et le bout de son museau. Il se retrouva nez-à-nez avec une biche, légère et gracieuse.

·         Que fais-tu là ? questionna la biche.

·         Je suis en quête de nourriture pour la pension alimentaire que je dois verser à Hermeline. Pourriez-vous, gent biche, m'indiquer un endroit où je puis abondamment trouver du gibier ?

·         Mais, mon jeune ami, écarquillez vos paupières, regardez devant vous. Ne voyez-vous pas quelque gibier ?

Renart réfléchit et répondit :

·         Euh... non...

·         Mais si, moi ! s'exclama la biche.

Et une course-poursuite folle commença. La biche sauta au travers d'un sentier, mais Renart se foula la cheville. Il resta allongé au milieu de la route et se fit écraser par un fiacre qui passait justement par là.

 

 

 

Renart écrasé par le fiacre

Quelques instants plus tard, Renart se réveilla. Il ouvrit les yeux et se regarda pour voir s'il n'avait rien de cassé. Il se rendit compte que sa main était complètement transparente, qu'on pouvait regarder la route au travers. Il baissa les yeux et vit son corps sans vie, allongé au sol. Le goupil fit un bond en arrière.

La biche qui avait entendu déraper le fiacre, et qui avait remarqué que Renart ne suivait plus, était revenue sur ses pas. Elle vit le corps de son prédateur, immobile et tout raplati.

Pris de tremblements et dégoulinant de sueurs froides, le goupil se questionna :

·         Que fait mon corps à terre ?

Personne ne répondit. La biche n'avait rien entendu, ni même vu le fantôme de Renart.

Renart se plaça derrière la biche et essaya de lui tirer la queue. En vain. Il n'arrivait à attraper que de l'air. C'est alors qu'il se rendit compte qu'il était devenu un fantôme, que son corps était mort, mais que son âme était encore bien vivante.

 

 

 

Un arc-en-ciel apparut dans le ciel, suivi d'un nuage très coloré. Renart comprit que ce dernier l'emmènerait au Paradis. Courageux, le fantôme tâta la vapeur. Il vit que le nuage était assez solide et confortable pour monter dessus. Renart y grimpa et monta au ciel.

 

 

 

Renart sur le nuage qui le conduit au Paradis

Il arriva devant une grande grille fermée à clé. Un homme s'approcha. Il avait une grande barbe blanche, une auréole sur la tête et des ailes qui lui sortaient des omoplates. Peu après, un autre homme vint. Celui-ci était tout petit et tout rouge. Il tenait dans sa main une fourche enflammée. Sur sa tête, deux cornes se regardaient.

·         Où suis-je ? Que se passe-t-il ? demanda Renart.

·         Tu es devant la porte du Paradis, lui répondit le barbu.

·         Est-ce que je peux entrer ?

·         Mais bien sûr...

Le vieillard claqua des doigts et la grille s'ouvrit. Au moment où Renart s'apprêtait à franchir le pas de la porte, le petit homme rouge poussa un cri.

·         Non ! Viens avec moi ! Je t'emmène en Enfer ! Là-bas il fait toujours chaud. Tu auras des tas d'amis pour jouer de vilains tours et tous te féliciteront.

Renart réfléchit. Il se demanda si le diablotin lui disait la vérité... De plus, il était fatigué et ne voulait pas faire la route qui le conduirait en Enfer. Alors il prit une sage décision :

·         Finalement, tout bien réfléchi... il paraît que c'est plus sain... d'aller au Paradis.

Renart courut et glissa entre les deux portes du portail qui se refermèrent sur le diable.

Renart au Paradis

Au Paradis, Renart faisait plein de vilains tours aux autres animaux. Par exemple, il poussa dans l'eau un écureuil qui pêchait, il souffla dans la bouche d'une grenouille qui gonfla et s'envola sans jamais redescendre. Une fois encore, il noua le corps d'un serpent autour d'une branche.

 

 

 

Un beau soir, au coucher de soleil, il rencontra une vache. Elle s'appelait Marguerite. Marguerite était myope comme une taupe, alors elle portait des lunettes. Elle avait une très longue queue et une tâche autour de l'oeil. Elle avait ciré sa robe et s'était coincé une fleur blanche au coeur jaune au coin de la bouche.

Marguerite, la dulcinée de Renart

Dès qu'il la vit, Renart en tomba fou amoureux. Mais Marguerite n'aimait pas Renart. Pour elle, il était un simple canidé sans grand intérêt. Renart qui était vraiment fou d'elle alla voir Cupidon. Notre héros arriva devant une petite chaumière. Sur la porte un écriteau disait : « Chez Cupidon, messager de l'amour ». Renart toqua et la porte s'ouvrit sur un tout petit homme. On aurait dit un bébé. Il avait des ailes en or qui cachaient un carquois de flèches en forme de coeur. Renart parla tout de go :

·         Bonjour, j'ai besoin d'aide...

·         Que vous arrive-t-il ?

·         Et bien voilà... Je suis amoureux d'une vache, Marguerite, mais elle ne m'aime point.

·         Que voulez-vous que je fasse ?

·         Je voudrais que vous plantiez une flèche dans le coeur de ma bien aimée pour qu'elle tombe sous mon charme.

·         Qu'elle tombe ? Mais c'est une vache ! Il y aurait un tremblement de nuages !

·         Moquez-vous ! Vous m'avez compris. Alors, accédez-vous à ma requête ?

·         Mais bien sûr... Il faudra quand même me payer ! Beaucoup d'argent !

·         C'est que... je n'ai rien...

·         Alors tu me donneras le lait de ta vache. J'en ferai des crèmes pour mon si beau visage.

Satisfait, Renart repartit.

Les jours passèrent et Renart désespérait. Il se promenait, déprimant sans retenue lorsque soudain, quelque chose lui sauta dessus et l'écrasa... Encore ! Lorsqu'il reprit ses esprits, il aperçut Marguerite. Elle lui faisait des bisous partout. Si bien que le pelage du goupil était recouvert de rouge à lèvres. Marguerite s'était maquillée, pomponnée, parfumée... Aux anges, Renart lui proposa aussitôt de partager une maison. Ils emménagèrent dans une cabane de bois que Marguerite décora coquettement.

Au bout de quelques jours, le goupil se mit à dérober le lait de sa belle pour le donner à Cupidon, comme convenu. Marguerite ne se doutait de rien : Renart était habile. Il trayait sa femme, déposait le lait dans une grande cuve. Alors s'il en manquait un peu, personne ne pouvait s'en apercevoir. Les jours passèrent et le jeune marié avait payé sa dette. Il ne cessa pas pour autant d'accomplir sa mauvaise besogne. Il était friand de lait... Il était vilain... A présent, il dérobait le lait de Marguerite pour le boire.

 

 

 

Puis un jour, le goupil se souvint que l'anniversaire de Marguerite était proche. Alors il décida de lui faire un énorme cadeau. Il continua à voler le lait de sa belle. Mais cette fois-ci pour en faire du fromage...

Le jour de l'anniversaire vint, et Renart offrit

une clé à Marguerite. Elle lui demanda :

·         Qu'ouvre-t-elle, cette clé ?

·         Elle ouvre la cabane qui se trouve au loin. Tu la vois ?

·         Oui, mais... Qu'y a-t-il à l'intérieur ?

·         Tu n' as qu'à aller voir.

La vache, curieuse, se dirigea vers la petite cabane. Elle inséra la clé dans la serrure et la tourna doucement. Frébrile, Marguerite ouvrit la porte. Une odeur nauséabonde s'échappa et envahit les narines de la curieuse. Elle vit plein de fromages. Renart lui murmura :

·         Joyeux anniversaire ma chérie...

·         Ces fromages sont-ils pour moi ?

·         Non, en fait, ils sont juste là pour que tu me les regardes manger !

Marguerite cria, pleura... Renart se tortillait de rire, mais Marguerite était inconsolable. Alors Renart cessa ses pitreries et s'excusa :

·         Mais non ma belle, bien sûr que tout ceci est pour toi...

·         Quelle vilaine farce... Merci, c'est très gentil. En plus, j'en ai vraiment raz-les-cornes de toujours me nourrir d'herbe ! Manger du fromage... quels moments délicieux de dégustation nous allons passer !

·         Oui... Mais... Nous pourrions aussi vendre une partie de nos fromages et faire fortune...

·         Quelle bonne idée ! Vive le lait des vaches !!!

Marguerite dans la cabane aux fromages

Les jours passèrent et les deux tourtereaux voyaient leur fortune s'agrandir. Au contact de Renart, Marguerite devenait farceuse et vilaine.

Un jour, alors que le Paradis se reposait paisiblement, Marguerite alla brouter dans un pré une herbe sèche et jaunie. Sans s'en rendre compte, elle commençait à manger la fourrure d'un lion qui dormait là. Surpris par les chatouilles, le félin se réveilla. Il vit la vache, qui n'avait encore pas remarqué sa présence. Cette dernière ne se prosternait pas. Alors il lui dit :

·         Comment osez-vous ! Je suis le roi ! Franchement, un peu de discipline... Prosternez-vous sur le champ !

·         Imposteur ! Vous n'êtes pas le roi, vous êtes une simple petite grenouille ! Ah ! Ah ! Ah !

·         Nooooon ! Je suis démasqué !

Un batracien sortit comme par magie du pelage du lion et sauta sur le museau d'une fourrure féline immobile. L'imposteur croassa et voulut s'enfuir car Marguerite lui faisait peur. Mais la vache, farceuse et rapide, fit volte-face et lâcha une énorme bouse qui engloutit la grenouille. Satisfaite, Marguerite ramassa la peau du lion et rejoignit sa maison, son mari et ses fromages.

 

 

 

Renart était en train de couper de grosses parts de fromage lorsqu'il vit revenir Marguerite. Il la questionna sur l'objet qu'elle rapportait :

La grenouille et la peau de lion

 

·         Que ramènes-tu ?

·         C'est une peau de lion, enfin... Ne sois pas bête, ça se voit, non ?

·         Tu as tué un lion ? demanda Renart incrédule.

·         Eh oui ! mentit Marguerite. De mes propres sabots. Doutais-tu de ma force ?

·         C'est pas possible... Admettons. Et à quoi nous servira-t-elle, ta peau ?

·         Nous en ferons un sac de couchage pour nos petits. Je me charge d'y coudre une fermeture éclair. Et il en fut ainsi. Renart et Marguerite profitèrent du Paradis, heureux et avec plein de petits renarveaux*.

 

* On appelle « renarveau » le petit d'une vache et d'un goupil

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Publié dans RECREATION

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