Suite et fin du roman de Renart réinventé - 1/5
Aventure 1 :
Les nouvelles ruses
En 1550, dans une forêt paisible et lointaine, vivait un goupil qui se nommait Renart. Il était grand, mince et brun. C'était le moins rusé de tous les goupils que la forêt connaissait.
Renart se logeait dans un terrier, au milieu d'une belle et vaste clairière, séparée par un petit ruisseau. Renart pouvait s'y désaltérer à volonté et y faire sa toilette quotidienne puisque le cours d'eau longeait son habitation. Certains jours, des biches et des lapins venaient manger l'herbe fraîche. Des oiseaux et des papillons virevoltaient dans le ciel turquoise et des abeilles butinaient dans des champs de fleurs multicolores.
L'antre de Renart était finement meublé : il y avait un lit de bois de chêne, recouvert d'une couverture en peau de biche. Mais la pièce la plus intéressante de tout le terrier, c'était la cuisine... Là, gisaient plein de gros poissons et de beaux jambons que Renart avait volés dans une ferme.
Depuis deux ans que le goupil habitait cet endroit fabuleux, il avait passé son temps à inventer de terribles nouvelles ruses...
Non loin de là, vivait Elise, une jeune et belle goupil. Elle mit au monde deux petits goupilleaux. L'un était roux et petit ; l'autre était brun et grand. Ensemble, les deux frères passaient leurs journées à faire des farces aux animaux de la forêt. Un jour, ils rencontrèrent Renart.

La rencontre de Renart avec les deux frères
Renard dit :
· Bonjour, comment vous appelez-vous ? Je ne vous ai jamais vus ici...
· Je suis Léon, et voici Léo, mon frère cadet. Et vous, comment vous appelle-t-on ?
· Je me nomme Renart et je suis le plus rusé de tous les animaux de cette forêt ! se vanta-t-il.
· Ah bon ? C'est ce qu'on va voir, rétorquèrent les deux petits goupils.
Aussitôt, Léo grimpa le long d'un tronc de pommier. Arrivé au sommet de l'arbre, Léo cueillit les pommes les plus juteuses et mûres. Au même moment, au pied du tronc, Léon cria :
· Renart, retournez-vous de suite ! Quelqu'un vous demande !
A l'instant précis où Renart se retournait pour se rendre compte que Léon lui avait menti, il fut surpris par une violente douleur dans la nuque. Il sentit ensuite quelque chose dégouliner le long de son corps. Il passa sa patte dans le dos et la lécha. Sa langue avait comme un arrière goût de pomme bien mûre, à la limite du carrément périmé. Un éclair de lucidité illumina sa pensée et il comprit qu'il était victime d'un bien vilain tour...
C'est alors qu'il entra dans une colère folle : il tapa du pied, hurla, se roula par terre, se cogna la tête contre l'arbre et une rafale de pommes s'abattit sur lui. Plus furieux que jamais, il décida de se venger de ces deux affreux petits malfaiteurs. Mais avant de mener son stratagème, il lui fallait avoir les idées claires. Et en premier lieu, un pelage soyeux et propre.
Renart alla se débarbouiller dans un bras de la rivière de l'Arc-en-Ciel. Il n'avait pas remarqué que Léo et Léon l'avaient suivi... Les deux compères, en voyant Renart penché sur la rivière, eurent une brillante démangeaison... N'arrivant plus à retenir leurs pulsions, ils poussèrent le canidé dans les flots tumultueux.

Renart tombé dans la rivière de l'Arc-en-Ciel
Renart fut emporté par le courant, si bien qu'il coula et but une grosse tasse d'eau salée et glaciale. Il ne s'étouffa pas pour autant et gigota pour essayer de remonter à la surface. Lorsqu'il y parvint, il cria de toutes ses forces :
· Au secours... Blurp... A l'aide... Blurp... Sais pas... Blurp... Nager...
Pris de panique, sentant la fin toute proche, Renart se mit à pleurer ; lorsque soudain, il vit dépasser une branche hors des flots. Prenant son courage à deux pattes, il se concentra sur la branche : c'était sa dernière chance de survie. Tchac ! Le voilà accroché à son arche de Noé.
Sauvé, le rescapé respira et souffla un grand coup. Il s'agrippa de tout son long à son radeau de fortune. Mais le courant s'accélérait... Dangereusement même. Et puis, un bruit assourdissant grondait de plus en plus fort. Renart, avec ses pattes, rama à contre courant : il sentait qu'un nouveau danger s'annonçait. Il eut raison de se méfier : le cours d'eau se dirigeait droit vers une cascade. Renart fut encore une fois mis à rude épreuve. Il se mit debout sur le rondin de bois et essaya de courir, pensant bêtement pouvoir regagner les berges. Au contraire, le rondin de bois tournoyait encore plus rapidement vers la cascade. Avant même que Renart s'en rende compte, il dévalait la chute d'eau.

Renart dans la cascade
Après cette chute mouvementée, il fut rejeté sur les berges et s'endormit pour reprendre des forces. Il avait eu si peur ! Renart dormait profondément depuis un quart d'heure à peine lorsqu'une odeur asphyxiante envahit ses narines. Le goupi se réveilla et se surprit en train de se lécher les babines ; il avait reconnu cette odeur... La bouillabaisse de poisson... mélange délicat de carpe, de truite et de poisson pané. Il bondit hors de son rêve, et droit sur ses pattes, il se rua vers la bonne odeur. Une fois encore, il manqua de discernement et se fit piéger.

Renart dans le piège
Il se félicita de son festin mais commença à perdre patience ! Il ne savait pas comment remonter. Désespéré, il leva la tête vers la seule issue. C'est là qu'il vit les deux frères, Léo et Léon, ricaner. Renart les interpella :
· Aidez-moi ! Venez m'aider à remonter !
· Très bien, répondit Léo.
· Mais alors, cessez de dire que vous êtes le plus rusé, intervint Léon.
· Et admettez que nous sommes plus rusés que vous !!! conclut Léo.
Renart accepta le marché. Sitôt sorti de sa prison de terre, il demanda à ses sauveurs :
· On pourrait former une équipe tous les trois...
· Pour quoi faire ?
· Plein de ruses pour piéger les animaux...
· C'est une super méga idée ! Allons fêter ça en disputant une partie de forêt' ball.
· Une quoi ? questionna Renart.
· Une forêt' ball. C'est une partie de basket ball qui se joue en forêt. Tout simplement.
C'est ainsi que tous les trois se dirigèrent vers leur terrain de jeu. Ils avaient joué dix minutes à peine lorsqu'ils furent interrompus par la visite d'Ysengrin, le loup noir de la forêt.
· Puis-je me joindre à vous ?
· Mais bien sûr, mon cher Ysengrin. Viens...
Le loup fut à peine arrivé sur le terrain que les trois goupils lui lancèrent le ballon en pleine figure, et partirent en courant et en rigolant. Ils étaient fiers d'avoir fait d'Ysengrin leur première victime. Le début d'une terrible série de farces était en marche.

Ysengrin recevant le ballon en pleine figure