Suite et fin du roman de Renart réinventé - 2/5
Aventure 2 :
Renart kidnappé par
Noble le lion
Renart était isolé et enfermé dans les souterrains du volcan interdit, propriété privée de Noble le lion. Seul et triste, il s'ennuyait de ses amis.
Noble le Lion était musclé et fort. Il faisait peur avec sa mâchoire grande ouverte sur des crocs de la taille d'un chinchilla. Il avait un pelage jaune or marqué d'une cicatrice qui lui traversait le flanc de tout son long. Il avait aussi deux pattes brûlées au troisième degré. Cette blessure-là, il l'avait gagnée en explorant le volcan. Mais malgré ces blessures, il avait les yeux d'un bleu magnifique, entourés d'une belle crinière qui lui descendait jusqu'au bout des griffes. Noble le Lion était respecté de tous les animaux.
Renart se souvint de toute l'histoire...
Il y a quelques jours de cela, il était parti chasser avec Ysengrin le loup. En chemin, ils avaient rencontré Noble. Ce dernier était coiffé d'une belle couronne sertie de rubis et d'émeraudes. Renart la désirait dangereusement. C'est alors qu'il proposa de mettre l'objet de convoitise sur le tapis d'une partie de poker. Noble, qui était sûr de gagner accepta, pour s'amuser. Mais Renart remporta la partie, et Noble, furieux, le captura et l'enferma dans les souterrains du volcan, afin de ne pas payer sa dette.

Renart, perdu dans les souterrains
Renart chassa cet horrible souvenir de sa mémoire pour se prendre en main. Lui aussi, il était furieux : il avait gagné la partie, non ? Noble s'était montré terriblement mauvais perdant. Renart jura que son adversaire le paierait un jour... ou pas... Noble était quand même bien impressionnant !
Le goupil chercha désespérément la sortie de cette grotte. En marchant, il se perça les coussinets des pattes sur de minuscules stalagmites. La douleur était si atroce qu'il se tint la patte et sauta à cloche-pied pour évacuer le mal. Par malchance, en sautant, il se déchira un bout d'oreille... Il y avait aussi des stalactites !

Renart, désespéré, dans le volcan
Fatigué par cet épisode douloureux, le malheureux blessé s'évanouit.
Lorsqu'il se réveilla, il eut une étrange sensation. Tout son corps le démangeait. Il ouvrit un oeil... puis l'autre... Soudain, il constata que son pelage, à l'habitude roux et brun avait viré au rouge vif. Il remarqua aussi de petites mais profondes morsures. Il en avait des milliers.
Tout à coup, un bruit strident se fit entendre. Pris de panique, Renart se boucha les oreilles et ferma fort les yeux. Lorsqu'il les rouvrit, il aperçut une nuée de chauve-souris qui tentaient de lui grignoter les quelques centimètres de peau encore intacts. Renart chercha à s'enfuir et courut droit devant lui. Il n'avait aucune idée de l'endroit où il allait. Les chauve-souris le suivaient... à toute allure. Mais soudain, le goupil sentit le vide sous ses pieds. Il passait au dessus d'un gouffre. Sa chute lui parut interminable. L'atterrissage lui fut violent, et à nouveau, il s'évanouit ! Encore !
Les jours passèrent... Un matin... enfin... cela, Renart ne pouvait le savoir puisqu'il était dans les confins d'un volcan... Toujours est-il qu'un matin, le goupil se réveilla. Ne sachant que faire, il se mit en marche. Il se retrouva nez-à-nez avec un gros caillou blanc sur lequel était posé une torche. La providence lui avait souri.

Renart trouvant la torche
Après une longue journée, passée à examiner la torche, à l'allumer, à l'éteindre, à tester sa solidité en la laissant tomber à terre maintes fois, à la lancer contre les stalagmites et stalactites... Renart s'assit à terre. Il avait passé la journée à gaspiller et à détériorer le seul objet qui aurait pu lui permettre de sortir de cet enfer.
Las, il vit à ses côtés une pierre pour faire du feu. Il s'exécuta mais... déjà la flamme commençait à faiblir. Il s'activa pour chercher du combustible afin de raviver son feu, mais n'en trouva guerre. Ensuite, il souffla sur les braises pour les réanimer. En vain. Pas de flammes... Le comble, il était dans un volcan !

Renart enfermé avec la torche abîmée
Après cette petite mésaventure, Renart partit à la recherche de victuailles. Tout à coup, il entendit des rugissements inquiétants. Il s’avança sur la pointe des griffes pour essayer de trouver origine à ce bruit. Il se rendit compte que ce n’étaient que les échos. Ouf ! Maintenant que sa torche était éteinte, il était dans l’obscurité totale. La peur l’envahissait car il entendait des grattements. En réalité, ce n'était que Noble le lion qui zigue-zaguait, tel un bolide, dans les souterrains, au volan de sa porsche. Le tout dernier modèle. En gris métallisé.
Pris de panique, il s'enfuit droit devant lui, sans réfléchir. Soudain, il stoppa net. Il était nez-à-nez avec Brun.
Brun était un ours génétiquement modifié : il était plus grand qu'un titan, et plus gros qu'une baleine. Il avait des yeux rouges, aussi grands que les phares d'une limousine. Brun avait une particularité : on ne le voyait jamais sans un cigare au coin de la bouche. Un cohiba... Les meilleurs !
Renart poussa des hurlements de terreur :
· Au secours ! A moi !
· Pourquoi cries-tu ainsi ?
· Que vous avez de grands yeux rouges...
· C'est pour mieux te voir mon Renart !
· Que vous avez un long nez...
· C'est pour mieux te sentir...
· Que vous avez une grande bouche...
· C'est pour mieux te parler...
· Que vous avez de grosses jambes...
· C'est pour mieux te courir après, mon enfant...
Renart, qui s'était pris au jeu des « questions-réponses » commençait doucement à s'amuser. Mais cette dernière réponse, le laissa perplexe. Il tenta une dernière approche..
· Que vous avez un long cigare...
· C'est pour mieux... te CUIRE ! Mon enfant !!!
Le goupil prit la poudre d'escampette... Brun, qui avait grand faim, était à ses trousses. Il n'allait pas laisser passer de la si bonne viande !
Ils détalèrent tous deux d'un bout à l'autre du volcan. En chemin, ils dépassèrent Noble qui était toujours aux commandes de son bolide. Ils croisèrent également la famille des nombreuses chauve-souris qui avait déjà festoyé sur le dos de Renart.
Le goupil allait si vite qu'il avait du mal à respirer. Il ouvrit la bouche pour laisser entrer plus d'oxygène. Il se gonfla les poumons... Quel bonheur ! Cela ne dura pas, en une fraction de seconde, une chauve-souris qui avait perdu le contrôle de ses ailes s'était engoufrée dans la gueule de Renart.

Les souterrains effrayants
Renart s'arrêta pour tousser et essayer d'expulser hors de lui ce corps étranger. Pouah ! Renart avait une haleine de cheval. Il sortit alors sa brosse à dents en os de poulet et son dentifrice en lapin de garenne (il les conservait toujours dans l'une des poches de son pelage). Renart se frictionna les dents. Cela lui donna faim. Il sortit alors une boîte de conserve. C'était de la sauce tomate garantie pur biche. Il n'avait pas trouvé de carne pour accompagner le liquide. Ma foi, tant pis, il ferait contre mauvaise fortune bon coeur.
Le goupil était bien crédule, il avait complètement oublié que Brun était derrière lui. L'ours lui arracha la boîte de conserve, la lui déversa sur le corps et fit un feu pour y rôtir Renart... Renart frissonnait, des gouttes de sueur de la taille d'une bassine lui tombaient du front. Il sentait la chaleur roussir ses beaux poils roux. Ca y est... Cette fois-ci c'était bien la fin... Adieu son terrier, adieu les blagues, adieu les crises de rire avec Ysengrin... Finalement, il l'aimait bien, son ami le loup... Renart regrettait à présent de lui avoir si souvent joué de si vilains tours. Il aurait voulu le lui dire en cet instant précis... Mais Ysengrin n'était pas là... Et lui, il était attaché comme un dindon que l'on allait farcir pour un dernier repas...
Ce coup-ci, ça y était, il sentait les flammes lui caresser le dos... Il ouvrit un oeil, puis l'autre... et il ne vit pas de flammes ardentes. Il voyait son bon vieux lit au dessus de lui. Pas de casserole, pas d'ours, ni de lion... Renart mit une éternité avant de se rendre compte qu'il avait tout simplement fait l'un de ses pires cauchemars. Les draps étaient trempés, et Renart était tombé au sol. Rassuré, il se recoucha. Il était fatigué d'avoir dormi et avait beaucoup à récupérer.
Il fit une sieste qui s'éternisa sur quatre longues journées... A son réveil, il avait grand faim... Qu'allait-il manger ?

Renart, dans son terrier, bien au chaud