Aventure 3 :
Renart perdu dans la forêt
Depuis longtemps déjà, la famine frappait tout le pays : une dangereuse et contagieuse épidémie affectait les petits rongeurs. Ces derniers périssaient dans d'atroces souffrances... Ils perdaient leur peau et leur queue, leurs dents noircissaient et finissaient par tomber de pourrissement. Leur cerveau se trouait et se liquéfiait peu à peu, ne laissant aucune chance de survie à quiconque souffrait de ce mal.
Renart était touché par ce fléau : il ne pouvait plus se nourrir de ces petits rongeurs dont il était friand. Victime de la famine, son estomac se creusait dangereusement. Alors, le malheureux décida de partir à la recherche de quelque nourriture. En chemin, il s'arrêta au pied d'un arbre pour y cueillir de belles pommes rouges et toutes lisses. Il nettoya les fruits de leurs microbes et poursuivit son chemin en chantant, en sautillant et en grignotant. Soudain, il sentit un chatouillement dans un recoin de sa bouche. Il toussota et recracha l'objet de son désagrément. Dans sa main, il surprit un ver se tortillant de stupeur. Renart saisit l'asticot, l'enfourcha d'une brindille et le fit cuire au barbecue. Il se délecta de son maigre festin.
Il eut à peine le temps de digérer qu'il entendit un vrombissement étrange. Il vit alors un escargot volant qui dépassait largement les deux cent kilomètres par heure. Le gallinacé rejoignait l'autoroute des nuages. Un panneau avertissait : « Attention, passage d'escargots volants ». Renart, surpris, crut que la digestion du ver lui avait donné des hallucinations. Pris de panique, le jour déclinant, le goupil jugea plus sage de s'allonger sur une pierre, à l'ombre d'un arbre, afin de trouver le sommeil.
Renart, la nuit
Durant la nuit, le goupil fit un songe... Dans son cauchemar, il se faisait manger par un escargot volant qui vrombissait encore plus vite que l'éclair. Dans un soubressaut de tremblements d'estomac, Renart se réveilla. Il constata avec bonheur que rien de ce qu'il venait de vivre n'était réel. Il se frotta les yeux et...
Renart à la rencontre d'Hermeline
Quelle ne fut pas sa surprise ! Il écarquilla les yeux devant un ange. C'était une magnifique renarde.
Elle portait du rouge à lèvre et un sac à mains en peau de crocodile Chanel. Elle avait une robe soyeuse chatain clair. Elle venait probablement juste de faire sa toilette. De plus, elle devait quitter le salon de coiffure, parce qu'elle portait un grand, beau et élégant noeud bleu avec des tachettes oranges. Le noeud en question était posé au sommet de son crâne, entre deux oreilles superbement dessinées. Apparemment, elle était coquette ! Ce qui ravit notre bon vieux célibataire de Renart.
La belle demoiselle portait aussi des boucles d'oreille dépareillées : l'une était sertie d'un saphir, l'autre d'un rubis. Pour rajouter de la couleur, elle avait orné son cou d'un collier agrémenté de ravissantes émeraudes. Détail amusant, elle portait de hautes bottines à talon... Geox, les bottines... Vous savez, la chassure qui respire.
· Peut-être sent-elle mauvais des extrémités ? se questionna Renart.
· Pardon ? demanda la demoiselle...
· Oh... non, rien, expliqua Renart qui venait juste de prendre conscience qu'il s'était exprimé à haute voix.
Il se râcla la gorge, se mit du « pschitt-pschitt » dans la bouche pour en adoucir l'haleine et sortit le grand jeu :
· Alaurrrrs, Queuu faiteuu-vous dans les parraaages, ma belle ?
· Je passais juste cueillir quelques fleurs. Par ici, on trouve les plus belles de toute la forêt.
· Oh... Pardonnez-moi, je suppose que je viens juste de m'essuyer les pieds sur votre bouquet... je suis confus, si confus...
· Oh, ce n'est rien, c'est de ma faute, je n'aurai pas dû le laisser à même le sol...
· Laissez-moi vous dédommager...
· Mais comment ?
· Je vais vous aider à refaire un bouquet. Encore plus merveilleux que le précédent !
· Si vous voulez bien... Ce serait un grand bonheur pour moi que d'avoir de la conversation pendant que nous ferons cueillette...
Et comme beaucoup de filles, la jeune rencontre de Renart s'avéra être un véritable moulin à parole sur pattes. Renart avait la cervelle qui enflait. Il n'allait pas tarder à s'envoler, comme les montgolfières... Quand ça chauffe à l'intérieur, ça décolle à l'extérieur !
Le temps passa et Renart se rendit compte que malgré tout, il appréciait sa présence.
· Comment vous appelez-vous, belle renarde ?
· Hermeline, et vous, mon cher monsieur ?
· Je suis Renart !
· Accepteriez-vous de venir dîner chez moi ?
· Oh, j'en serais ravi !
· Alors venez à dix-neuf heures...
Hermeline lui fit un plan... A gauche, puis à droite, sous le pont, le troisième arbre à gauche, stop au feu tricolore...
Renart rentra faire sa toilette et se mit en chemin. Il arriva à un croisement et prit le chemin de gauche, alors que la maison d'Hermeline était plutôt à droite... Renart arriva donc chez Ysengrin.
L'antre d'Ysengrin
Il monta sur le seuil de la porte du loup et sonna sans savoir qui était le propriétaire qu'il allait déranger. Ysengrin lui ouvrit sa porte.
Ysengrin était tout petit et vraiment trop maigre... Il ne mangeait pas à chaque repas, c'était sûr ! Son pelage n'avait pas été lavé depuis des semaines entières, mais il avait une belle couleur noir-ténébreux. Par-ci, par-là, on pouvait voir que la fourrure lui manquait : On pouvait voir ses côtes sans soucis puisque Brun l'ours l'avait mordu à cet endroit, et les poils n'avaient jamais repoussé. Ysengrin souffrait aussi de malnutrition, et une calvitie naissante se propageait depuis le haut de son crâne jusque dans le cou.
Le loup était ravi de cette aubaine. Il prévint Renart :
· Très bien... Tu vas me servir de déjeûner !
· Pas aujourd'hui ! renchérit Renart avant de s'enfuir à toute allure.
Une folle course-poursuite commença. Renart courait le plus vite possible. De temps en temps, il jetait un regard en arrière pour voir si Ysengrin le rattrapait... ou pas. Au début, celui-ci tenait l'effort. Mais plus le jeu de jambes s'éternisait, plus il fatiguait. Ysengrin mourrait de faim, et il stoppa net : il transpirait, avait des fourmis au bout des doigts : une crise d'hypoglycémie le guettait.
Renart et le gnôme
Au bout d'un certain temps, Renart se rendit compte que son prédateur avait déclaré forfait. Il s'arrêta donc pour, lui aussi, reprendre des forces. Il se dandina d'arbre en arbre. C'est à ce moment là qu'il fit la connaissance de Guillaume le gnome.
Guillaume était vêtu comme un employé d'EDF : chapeau bleu, veste bleue, grands yeux bleus... Rien que du bleu ! Sa peau était lisse et douce, comme celle d'un bébé. D'emblée, Renart sentit que ce gnome pourrait le tirer d'affaire. Il avait l'air gentil et honnête, ce qui était plutôt rare dans le coin, Renart était extrêmement bien placé pour savoir cela !
Alors, le goupil engagea la conversation :
· Bonjour, cher ami...
· Bonjour, que fais-tu là, ici, à cette heure-ci ?
· Bien, c'est que j'ai rendez-vous à dix-neuf heures... Je suis invité à partager le repas avec une charmante demoiselle du nom d'Hermeline. Avez-vous déjà entendu parler d'elle ?
· Absolument, ce n'est pas très loin d'ici. Mais dépêchez-vous, il est déjà dix-huit heures cinquante-cinq !
· Mais je ne serai jamais à l'heure !
· Venez, je connais un raccourci...
Et ils partirent tous deux au pas de course. Guillaume le déposa juste sur le paillasson du rencart de Renart.
· Merci, mon sauveur !
· Mais de rien, allez, bonne soirée !
Renart sonna, Hermeline ouvrit et Renart entra. Ils se regardèrent longtemps sans dire un mot. Ils rougissaient, se plaisaient mais n'osaient pas se le dire. Hermeline brisa le silence :
· Renart, je t'aime bien, tu sais...
· C'est que... Oui... Hmmm... Moi aussi !
Et voilà comment débuta une formidable histoire d'amour entre ces deux tourtereaux. Ils s'aimaient et n'avaient que faire du reste.
Renart chez Hermeline